Saviez-vous que...

De nombreux sens du mot adon se sont développés au Québec?

Le providentiel destin du mot adon

Depuis qu’il a débarqué au Québec, le nom adon s’est révélé particulièrement prolifique. Héritage des parlers du Nord et de l’Ouest de la France, adon s’emploie encore de nos jours de ce côté‑ci de l’Atlantique, bien que certains de ses nombreux sens soient désormais vieillis ou disparus.

Société du parler français au Canada - ADON
Fiche linguistique de la Société du parler français au Canada sur le nom adon.
Photo : Trésor de la langue française au Québec

Par pur hasard ou par coïncidence?

Apparaissant dans la langue écrite au Canada seulement en 1877, adon a toutefois certainement eu cours à l’oral bien avant cette date. C’est sous la plume du romancier et poète Pamphile LeMay, dans son roman réaliste Le pèlerin de Sainte Anne, que l’on observe adon émerger du parler caractéristique de la Basse‑Ville de Québec à cette époque.

Dans ce roman, qui avait fait scandale à sa sortie en raison de sa représentation authentique des milieux populaire et portuaire de la Vieille Capitale, Pamphile LeMay utilise le mot adon au sens de « coïncidence, hasard généralement heureux, chance », quand l’odieux Eusèbe Asselin rend visite à une tireuse de cartes afin de retrouver l’auteur du vol dont il a été victime : – […] Tenez!... je n’y vais pas par quatre chemins, croyez‑vous aux cartes? – Dame! il y a de drôles d’adons parfois (t. 1, p. 282).

On peut certes faire un parallèle avec la locution à l’adon, qui a été recensée dans les parlers du Nord et de l’Ouest de la France, où elle signifie « par hasard ». En français québécois, c’est plutôt la locution adverbiale par adon qui s’est répandue vers la fin du XIXe siècle.

Un mot bien d’adon

Le mot adon, qui a aussi le sens de « qualité, caractère de ce qui tombe à propos, est opportun, convient bien à sa destination, de ce qui a du bon sens » (attesté depuis 1914), se retrouve dans l’expression d’adon, qui signifie « approprié, opportun, convenable, sensé » ou « favorable », en parlant du temps.

Cette expression subsiste dans certaines régions du Québec, comme Charlevoix et le Saguenay–Lac-Saint-Jean, où on l’entend volontiers dans la conversation de tous les jours, en captant des bribes comme celle que rapporte Kevin Lambert dans Querelle de Roberval : […] le vent de décembre est pas d’adon […] (p. 18).

Être d’adon ou avoir de l’adon… telle est la question

En plus d’exprimer une qualité des événements et des choses, adon peut s’appliquer à des personnes pour décrire une « manière convenable ou agréable de paraître, de se tenir ou de se comporter ».  

L’expression avoir de l’adon est par ailleurs utilisée par Adjutor Rivard dans ses Études sur les parlers de France au Canada, publiées en 1914 : Vous connaissez les locutions à la brunante, un clair d’étoiles […]. Cela n’est‑il pas plutôt d’excellent français? Et dans un récit, cela n’aurait‑il pas de l’adon? (p. 84).

Si cette tournure avec avoir semble désuète aujourd’hui, il en va autrement de la locution adjectivale d’adon, accompagnée ou non du verbe être, dont l’usage semble encore répandu dans plusieurs régions du Québec. Par exemple, quand on s’amuse toujours en compagnie de personnes, on dit que c’est du monde ben d’adon!

Ça adonne bien…

Dans la première nouvelle de son recueil intitulé Racines, Françoise Gaudet‑Smet écrit : J’ai si bien connu votre père. Il était bien d’adon. Il nous a rendu tant de services (p. 20). L’auteure évoque ainsi de manière très limpide un sens du mot adon décrivant une personne « qui s’entend facilement avec autrui, qui est d’un abord facile, d’un commerce agréable ou qui est aimable, serviable. »

Toutefois, les tournures être d’adon avec quelqu’un au sens de « être d’accord avec quelqu’un » et être d’adon avec ou pour quelque chose au sens de « donner son assentiment, son aval à quelque chose ou reconnaître quelque chose comme acceptable » sont maintenant considérées comme vieillies.

Société du parler français au Canada - ADONNER
Fiche linguistique de la Société du parler français au Canada sur le verbe adonner.
Photo : Trésor de la langue française au Québec

Un don (à peine) caché

Et quant à adon au sens de « don fortuit, notamment d’alcool, fait avec libéralité », il est carrément disparu. On relève ce sens dans Les anciens Canadiens (1863), de Philippe Aubert de Gaspé père, qui est le seul auteur à l’employer. Ce sens est à rattacher à l’emploi de adon signifiant « don, présent », qui a eu cours en ancien et en moyen français.

Avoir de l’adon (pour qqch.), c’est aussi « faire preuve d’une aptitude, d’un don ou d’une habileté dans un domaine ou une activité en particulier ». Considéré comme appartenant à la famille de adonner (par exemple, s’adonner à tout signifie « être très adroit », en normand), cet emploi pourrait également être rattaché à la famille de don, avec laquelle il présente des similitudes de sens et de forme évidentes.

En effet, comme le fait remarquer l’écrivaine Abla Farhoud dans Le fou d’Omar : […] il y a le mot don dans adon (p. 39). Ce mot aurait‑il le pouvoir secret de nous mettre dans de bonnes dispositions? Ça serait bien d’adon!

Consultez la Base de données lexicographiques du Québec pour en savoir davantage sur les noms adon et adonnance, le verbe adonner, ainsi que ladjectif adonnant, adonnante.