Saviez-vous que...

Le suffixe ‑oune est typiquement québécois?

Fais pas la baboune, ma poupoune*!

Quelqu’un fraîchement débarqué au Québec s’étonnera peut-être d’entendre certains mots se terminant en ‑oune, sonorité qui surprend de prime abord. Ce suffixe, typiquement québécois, apparaît dans plusieurs mots du registre familier, comme minoune, pitoune, gougoune, foufoune, coucoune, poupoune et, bien sûr, baboune.

Baboune et babine

Le nom baboune est formé de la racine bab‑ et du suffixe ‑oune. La racine ‑bab évoque, par onomatopée, le bruit des lèvres qui remuent. On la reconnaît dans babine, signifiant « lèvre », et dans babil, babiller, babillard ou babillage par exemple.

Tout comme babines, en usage en France, le nom babounes, au pluriel, sert à désigner au Québec les lèvres d’une personne, surtout si elles sont charnues ou épaisses. Quant au nom baboune employé au singulier, il renvoie plutôt à la partie inférieure du visage; on dira, par exemple, recevoir un coup sur la baboune ou encore avoir la baboune enflée, ce qui arrive quand on se pète la baboune.

Une baboune expressive

D’une partie du visage, le mot baboune en est venu à désigner, par métonymie, ce que le visage peut exprimer avec les lèvres. Ce nom s’emploie ainsi pour qualifier une attitude maussade, comme quand, après une nuit de pluie torrentielle en camping, on se lève avec la baboune. On le trouve également dans l’expression avoir la baboune, signifiant « faire la moue, être de mauvaise humeur », par exemple : quand le livreur est arrivé avec deux heures de retard, elle avait la baboune depuis un bon moment déjà. On dit aussi faire la baboune (à quelqu’un), signifiant « bouder quelqu’un, être en colère contre une personne », comme dans : parce que j’ai mangé le dernier beigne, mon collègue m’a fait la baboune toute la journée. Bref, il va sans dire que ces expressions sont bien… expressives.

 

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Illustration : Paradoxx Multimédia

Une baboune productive

À partir du nom baboune, on a créé le verbe babouner, « faire la moue, bouder », et l’adjectif babouneux, « qui grogne, qui boude », dont le journaliste Michel Beaudry fournit un bel exemple dans son texte d’opinion « Les connaisseurs savent… » : Les partisans du CH seront patients s’ils voient l’évolution, si la reconstruction est convaincante. […] Si l’équipe est composée de babouneux, de surpayés, de chialeux qui ont peur de la pression, de boudeux qui veulent être échangés, ça ne marchera jamais (Le Journal de Québec, 20 février 2022).

Heureusement, même les babouneux, les chialeuses, les grincheux et les boudeuses de ce monde se dérideront devant la baboune, ou le sourire retrouvé, d’une belle petite poupoune*.

 

* Terme familier pouvant désigner au Québec une mignonne petite fille.

 


Consultez la Base de données lexicographiques du Québec pour en savoir davantage sur le nom baboune, le verbe babouner, ainsi que ladjectif et nom babouneux.