Saviez-vous que...

Le pain dans notre quotidien

S’il est un aliment universel, c’est bien le pain! Du pain, on en trouve presque partout, et sa recette de base est facile à retenir : mélangez de la farine à de l’eau, ajoutez-y du levain ou de la levure et faites cuire le tout. Mais derrière la simplicité de sa composition se cache une surprenante complexité linguistique. Autrement dit, s’il existe une recette universelle pour faire du pain, les façons d’en parler sont foisonnantes, notamment au Québec.

Bon comme du pain

Le mot pain, qui vient du latin panis, peut se définir simplement comme un « aliment fait de farine et d’eau, cuit au four ». Or, on sait qu’il y a toutes sortes de pains. Sur nos tables, on peut trouver du pain blanc, du pain brun, du pain de blé entier, du pain de sole, du pain aux raisins, du pain de ménage, du pain tranché, du pain baguette, du pain de fesse, etc. Il y a aussi des pains destinés à un usage spécifique, comme du pain sandwich, des pains (à) hamburger, des pains à sous-marin et des petits pains, pour accompagner une bonne soupe. Puisque notre consommation du pain ressemble à celle des autres Canadiens et de nos voisins du Sud – c’est-à-dire que l’on mange des pains semblables –, plusieurs de ces appellations seraient des calques de l’anglais, entre autres pain de blé entier (whole-wheat bread), pain tranché (sliced bread) et pain sandwich (sandwich bread).

Le mot pain se trouve dans d’autres mots composés, par exemple grille-pain, machine à pain et gagne-pain. On peut aussi le reconnaître dans des mots de la même famille – c’est-à-dire des mots dont il partage l’origine –, comme compagnon, panure, panier. On peut même le deviner dans certains emprunts : qui n’aime pas un bon panini, ou se régaler de panettone le jour de Noël comme en Italie?

D’autres sortes de pain

On sait bien que le pain ne se limite pas à un « aliment fait de farine et d’eau », puisque l’on connaît tous d’autres sortes de pains. Il y a des pains qui s’apparentent plutôt à des desserts, comme le pain d’épices, le pain doré (ou pain perdu, en France), le pain aux bananes, aux canneberges, aux noix, au chocolat, etc., sans oublier notre pouding au pain. Mais il n’y a pas que les desserts. Au Québec, on aime aussi le pain de viande, un mélange de viande hachée et de légumes cuit dans un moule à pain qui lui donne sa forme. Cette forme caractéristique s’observe aussi dans notre pain de sucre, qui est une brique de sucre d’érable carrée ou rectangulaire. Et si l’on sort de la cuisine, on trouvera des pains de savon dans la salle de bain. En fait, toute substance moulée et devenant ainsi un bloc pourrait être qualifiée de pain de ... Ne dit-on pas prendre en pain, prendre dans un pain pour quelque chose qui se solidifie, qui forme une masse compacte (le mélange a pris en pain)?

Des pains dans la nature

Il n’y a pas que dans la cuisine où l’on trouve des pains. Dans la nature aussi! On appelle pain de sucre une élévation de terrain en forme de pointe, de cône. Qui ne connaît pas le Pain de Sucre de Rio de Janeiro, ce célèbre piton de granit? Cette forme conique, on l’observe aussi dans le pain de sucre de la chute Montmorency, ce cône de glace qui se forme en hiver quand la vapeur d’eau de la chute commence à geler. Mais quel est le lien entre le pain et ces formes coniques dans la nature? Ce lien, c’est une analogie de forme. On a longtemps transporté le sucre dans des moules coniques. Les blocs (ou pains) de sucre qui en sortaient avaient la forme d’un cône. C’est donc en raison de la ressemblance avec les pains de sucre coniques que pain de sucre se dit, depuis le début du XVIIIe siècle, pour des entités géographiques.

Or, la principale vertu du pain ne réside pas dans sa forme, mais dans le fait qu’il est un aliment de base, permettant de nous nourrir et d’assurer notre survie. Si le mot pain désigne une nourriture pour nous, il nomme aussi ce dont de petits animaux se nourrissent. On trouve en effet le mot pain dans des noms communs de plantes sauvages dont les petits fruits sont comestibles, par exemple pain d’oiseau ou de lièvre (nom donné à l’oxalide, ou surette) et pain de perdrix (communément appelé quatre-temps). Mais attention au pain de couleuvre, autrement dit l’actée (genre Actæa), une plante vivace qui produit une grappe de baies rouges ou blanches réputées vénéneuses. Et ne marchez surtout pas sur du pain de moineau, qui n’est autre chose que du crottin de cheval, du moins pour une partie de la population rurale vivant à l’ouest de Trois-Rivières.

Plus que du pain

Quand on comprend l’importance du pain, on ne s’étonne pas de voir que le français, comme toutes les langues, a forgé de nombreuses expressions avec ce mot, en raison de ce qu’il évoque : « une nourriture essentielle qui assure notre subsistance ». Certaines de ces expressions, propres au Québec, sont présentées dans le Dictionnaire historique du français québécois. Ainsi, quand on mange son pain noir, c’est que l’on traverse une période difficile. Dire qu’on est né pour un petit pain, c’est accepter la fatalité de sa modeste condition. Si l’on exagère ou qu’on abuse d’une situation, on sera accusé d’ambitionner sur le pain bénit. Enfin, on dira d’un produit qui se vend rapidement, qu’il part comme des petits pains chauds. Bref, le pain, c’est plus que du pain : c’est le symbole même de la nourriture, voire de la vie. Et c’est un bonheur qu’il fasse partie de notre quotidien!

Pour en savoir davantage sur les sens et les emplois du mot pain, consultez l’article qui y est consacré dans la Base de données lexicographiques panfrancophone (BDLP).